De Tromsø à Bodø

Vendredi 29 juillet: dépaysement

Quel plaisir de retrouver Nathalie, Hubert et Eliot sur Perfect Day amarré dans un petit port de Tromsø. Perte des bagages vite oubliée devant la beauté des lieux. À quai, quelques voiliers, des chalutiers à coque rouge. De l’autre côté du pont qui relie l’île au continent, les montagnes, l’arrivée du téléphérique, la cathédrale à l’architecture atypique dont la blancheur fait écho à quelques névés. Au bout du ponton des jeunes se prélassant sur le toit du sauna après avoir plongé dans une eau noire, certainement très froide. Dépaysement absolu. Vacances j’oublie tout…

Après un verre au soleil, nous nous installons au Mathallen, délicieux restaurant qui propose à la carte: saumon, cabillaud, baleine et vins étrangers. Nous passons une excellente et joyeuse soirée.

A minuit, luminosité polaire sur la cité arctique. Le soleil disparaîtra une heure et demi mais l’obscurité de la nuit n’arrivera jamais.

Samedi 30 juillet: audace

Après une première nuit émaillée de rires de quelques fêtards, nous nous réveillons sous un magnifique soleil. Matinée lèche-vitrines des prestigieuses marques de sport norvégiennes suivie d’un déjeuner de guédilles-crevettes façon Alice à bord de Perfect Day.

Nous partons en direction du sherpatrappa. Cette voie en escalier a été réalisée par des sherpas népalais. En chemin, après la traversée du pont Tromsøbrua, nous visitons la cathédrale Arctique édifiée dans les années 60, faite de verre et de béton, baignée par la lumière. Puis, après avoir gravi 1204 marches, nous arrivons au sommet de Sorsteine qui domine Tromsø et poursuivons l’ascension au milieu de la toundra pour admirer un panorama exceptionnel dans lequel se détache l’île de Tromsøya cernée par les fjords scintillants.

Au retour, Nathalie a réservé le sauna au bout du ponton. Nous chauffons à 80 degrés face aux montagnes que nous admirons à travers les baies vitrées. Après 15 minutes, avec audace et courage, tous les cinq, même les plus réticents, sautons dans cette eau sombre à 8 degrés puis retournons au chaud. Nous découvrons que cette pratique nordique est finalement fort agréable et nous nous baignerons 3 fois. 

Pour finir cette journée, nous dégustons un délicieux céviche du cabillaud pêché par Eliot.

Dimanche 31 juillet: la journée miraculeuse

32 miles de Tromsø à Hamn

Aujourd’hui Eliot rentre à Paris. Quant à nous, Nathalie, Hubert, Hervé et moi préparons Perfect Day à appareiller. Nous quittons tranquillement le port. Bye-bye Tromsø, ses 70 degrés de latitude nord et son soleil de minuit.

Nous nous posons pour admirer ce qui nous entoure. L’eau est paisible, le vent aussi… Nous naviguons au moteur sur une eau miroir dans laquelle se reflètent les montagnes et les maisons colorées. Soudain Nathalie aperçoit 3 dauphins dont nous croisons la route. Instant magique…

Sur les rives les fermes, les séchoirs à morue, les ballots de foin. Le ciel est sillonné par les vols de mouettes. Nous rentrons dans une eau agitée par un courant important. Tout un village installé sur la falaise observe les remous. 

Au fil de la navigation le paysage change. La toundra cède la place à une végétation plus arborée.

Au large de Senja, surnommée la Norvège miniature parce que ses paysages seraient représentatifs de toute la Norvège, sublime apparition d’un rorqual qui vient plonger à une dizaine de mètres de Perfect Day. Nous sommes émerveillés et profitons de cet instant. 

L’heure du déjeuner approche. Nathalie prépare une blanquette de veau made in St Rambert. Bien que fort appétissante, je n’y ferai pas honneur. Amarrinage en cours… 

Aujourd’hui, la navigation se fera essentiellement au moteur mais le vent se lève et nous profitons d’une heure de voile.

Nous devions passer la nuit dans un petit port de pêcheurs, Mefjordvaer, mais l’appontage s’annonce compliqué et nous faisons demi tour pour Senjahopen, village plus industriel au fond du fjord. A notre arrivée le quai est à l’ombre alors que le soleil brille toujours… Sous l’impulsion de Nathalie et Hervé, Hubert décide de faire demi tour une deuxième fois pour rejoindre Hamn. Et nous repartons pour deux heures et demi de navigation sur une eau calme, sous un soleil bas et chaud.

Il est 22 heures, arrivée spectaculaire dans un petit port cerné par les rochers et les montagnes éclairés par une lumière de coucher de soleil qui n’en finit pas.

Après un atelier Insta autour d’un gin to nous devisons… 

Lundi 1er août: toutes voiles dehors

55 miles de Hamn à Bjarkøya

Réveil sous un chaud soleil. Du vent est annoncé, nous permettant de sortir la grande voile et le gennaker. Nous longeons toujours la côte ouest de l’île Senja où nous distinguons successivement une plage blanche, des montagnes au relief accidenté qui plongent dans une eau profonde. En fin de navigation comme annoncé par Hubert, le vent tombe. Voiles affalées nous terminons au moteur sous un soleil persistant vers Bjarkøya, haut lieu de l’histoire Viking.

A l’approche du quai nous assistons à une scène étonnante: attaque d’une mouette par un albatros. Heureusement l’histoire finit bien pour la mouette. Après un arrimage parfait dixit le capitaine, balade à terre après 8 heures de navigation. 

Un peu d’histoire: Tore Hunds, le célèbre Viking, a vécu sur Bjarkøya avec son clan. Ce site offre un lieu abrité avec une bonne visibilité sur la mer. 

Nous décidons de descendre à quai et traversons le village composé de maisons colorées, rouges, blanches, jaunes et vertes jusqu’à une jolie église. Nous sommes entourés de champs de coquelicots, d’épilobes et de tourbières. 

Au retour sur Perfect Day nous sommes accueillis par un vol de sternes. 

Apéro à bord avec Linda et Morten, un couple de tromsois qui a gentiment déplacé son bateau à notre arrivée afin de nous permettre de nous amarrer. 

Belle soirée avec vue sur un îlot arboré dans une baie à l’eau calme dans laquelle se reflètent les cabanes de pêcheurs. Valhalla… Ou le paradis…

Un peu de culture: Le Valhalla est dans la mythologie nordique le lieu où les valeureux guerriers défunts sont amenés. Il se trouve au sein même du royaume des dieux, « la fortification d’Ásgard» où règne Odin. C’est sur les champs de bataille que les Valkiries ou walkyries choisissent et emmènent les hommes les plus braves et les plus valeureux afin de les ramener à Ásgard, où Odin les attend pour les préparer à la bataille finale, le Ragnarök. Source: Wikipedia…

Mardi 2 août: navigation, atelier lecture, atelier barbier

56 miles de Bjarkøya à Stokmarknes

Premier réveil sous la pluie. Ambiance différente, plus nordique. Les mousses s’activent aux manœuvres, plus précisément assistent Nathalie et Hubert.

Comme la météo n’est pas favorable décision du capitaine d’avancer en direction des Lofoten. Toujours vers le sud. 

Passage sous une ligne de haute tension puis navigation sous des nuages bas.

Nous nous plongeons dans la lecture d’auteurs norvégiens jusqu’à ce que Nathalie nous prépare un pulled pork made in Saint Rambert. Un accord nav et gastro pour notre plus grand plaisir!

Rentrons dans le Risøysundet et apprenons la différence entre un fjord, fermé par les montagnes à l’une de ses extrémités et un sund qui est un passage ouvert à ses deux extrémités. 

La navigation prend une autre tonalité, nuages gris et bas, montagnes vertes, eau anthracite. Passage impressionnant sous un long pont.

Rentrons dans l’archipel des Vesterålen, au nord des Lofoten, au sud de Andoya. Le paysage est spectaculaire.

Hubert est déçu de ne trouver aucun bateau à qui se mesurer et demande à Nathalie de prendre la veille pour descendre dans sa cabine raser sa barbe de Viking…

Rentrons dans le Risøy Channel, voie empruntée par l’express côtier dont nous apprendrons l’histoire demain.

Arrivons à Stokmarknes, ville importante des Vesterålen après 9 heures de navigation.

Amarrage insolite sous un pont puis bière dans un pub atypique décoré de dizaines de maillots de foot. 

Nuit paisible. 

Mercredi 3 août: culture et aventure

41 miles de Stokmarknes à Verstersand

La matinée débute par la visite de l’Hurtigrute museet, musée qui retrace l’histoire de l’express côtier qui relie Bergen à Tromsø. L’originalité de ce musée réside dans sa conception. Ainsi nous nous retrouvons dans un un bateau des années 50 enfermé dans un bâtiment en verre. Ensuite, nous visitons l’aménagement des premières classes d’un bateau datant de 1912. Jolies cabines, salle à manger et salon. 

Après cette visite intéressante retraçant l’histoire de l’express côtier, véritable symbole national, nous retournons à bord pour lever l’ancre en direction des Lofoten.

Le soleil est omniprésent et nous nous prélassons sur le pont en T-shirt. 

Après un déjeuner composé des fameuses guédilles, nous nous installons sur le pont pour admirer l’entrée dans les Lofoten. Nous nous retrouvons au centre d’un cirque de montagnes qui laisse entrevoir le large où le ciel et la mer se confondent. Le bleu mêlé de gris des nuages se reflète dans une mer lisse ponctuée par des îlots presqu’irréels. Les montagnes se dressent en gris et vert. Nous croisons le chemin de 2 dauphins. Nous admirons le mur déchiqueté des Lofoten qui apparaît devant nous.

Aucun bateau ne vient troubler notre traversée. L’atmosphère est paisible jusqu’à ce que nous apercevions le pont sous lequel nous devons passer. Sur les cartes il affiche 30 m de hauteur, donc parfait pour Perfect Day, mais Hubert distingue aux jumelles un échafaudage sous le pont. Nathalie regarde à son tour et voit un panneau portant le chiffre 27 m. Un peu juste pour passer d’autant que la marée est haute et que Perfect Day navigue face à un fort courant qui empêche toute trajectoire rectiligne. Verdict: passage trop périlleux avec un risque de toucher l’antenne. Nous aurions pu attendre la marée basse mais après réflexion, nous décidons de changer d’itinéraire et de passer par la côte nord ouest des Lofoten pour nous rendre à Verstersand petit village de pêcheurs nullement répertorié dans les guides. Les nuages persistent tout comme la pluie qui s’est mise à tomber vers 15 heures. 

L’arrivée aux Lofoten se fera donc par une autre voie et nous parcourons finalement 41 miles. Nous comprenons que la navigation c’est adapter son cap aux aléas.

Nous sommes récompensés par le petit port blotti au pied des cimes choisi par Nathalie. Nous ne verrons personne sur le ponton où les manœuvres d’appontage et d’amarrage du duo Nathalie et Hubert munis de casques avec micros est encore parfaite.

Pour fêter l’entrée dans les Lofoten champagne! 

Nuit ventée qui laisse présenter une bonne journée de voile demain. Nous retrouvons l’obscurité de la nuit durant deux heures.

Jeudi 4 août: beauté de la nature

30 miles de Verstersand à Ballstad

Réveil dans cette baie toujours aussi paisible, protégée par la digue. Aucun bruit si ce n’est les vocalisations de quelques sternes. Le ciel est chargé mais le soleil perce par endroits venant éclairer les bateaux. Durant notre sommeil trois petits bateaux de pêche typiques avec une coque vernie, le pont bleu, la superstructure blanche sont arrivés et nous n’avons rien entendu. 

Quittons le port. Le vent souffle entre 12 et 25 nœuds. Nathalie prépare les harnais… 

Sortie de la grande voile puis du génois, l’arrêt du moteur nous laisse écouter le bruit des vagues qui fouettent la coque. 

Direction Ballstad, navigation en pleine mer au prêt. Perfect Day s’ajuste au vent. 

Puis nous nous rapprochons de la côte, des montagnes de granit escarpées, parsemées de plantes rases. Aucun arbre, quelques névés.

Nous empruntons le sund qui va nous emmener de l’autre côté des Lofoten, au sud est. Traversons un champ de marmites où l’eau bouillonne et nous porte. 

Le vent souffle fort et l’apontage est sportif après 30 miles de navigation. L’amarrage terminé nous décidons de prendre le sentier Ballstadheia qui domine l’île. 

Végétation basse, petites fleurs jaunes, violettes et blanches.

Paysage vertigineux avec une vue sur le fjord et Perfect Day. Le vent souffle fort. 

Retour au bateau, heureux de notre ascension. Hubert nous cuisine des rognons et Nathalie des poires belle hélène. Un festin à la hauteur de cette journée. 

Demain nous prévoyons un départ matinal afin de devancer les rafales de vent à 40 noeuds annoncées en milieu de journée. 

Nous nous endormons au son des vibrations du mât.

Vendredi 5 août: la Venise norvégienne 

De Ballstad à Henningsvær, 17 miles 

Lever matinal et pluvieux mais nous hissons les voiles sous un grand soleil avec le vent dans le dos. Navigation agréable entre 7 et 8 noeud, cap sur Henningsvær. Le paysage est toujours aussi spectaculaire, le soleil magnifiant le vert des montagnes et le gris des crêtes déchiquetées. 

Nous arrivons à Henningsvær, la Venise des Lofoten, sous un temps changeant.

Nous nous installons dans un chenal bordé de maisons colorées et d’entrepôts à poissons sur pilotis, les rorbuers, en contrebas du Restaurant le Kiskergrogen.

Heureusement que nous avons navigué ce matin parce que le vent se renforce et souffle à 30 noeuds. Après un tour à la Galerie la Kaviar Factory où est exposé Ai Weiwei sur le thème des migrants, nous partons visiter le village en passant par le célèbre stade de foot entouré d’eau. La côte est déchirée, la mer déchaînée et nous arrivons à un phare blanc qui évoque à Hubert le fameux tableau de Hopper. 

Pour conclure cette journée nous dînons au Kiskergrogen qui propose de délicieuses moules sauce coco et des poissons.

Grand vent toute la nuit. 

Samedi 6 août: un jour de pluie

Grasse matinée, le vent tombe doucement. Nous écumons le village à la recherche de foie de morue. Nous ne trouvons que du pâté qui ressemble à celui que nous connaissons. 

Initialement nous avions prévu une balade surplombant Henningsvær et les fjords mais la pluie nous fait renoncer à cette ascension et nous décidons de nous rendre à Svolvaer en taxi.

Après une promenade et quelques achats nous nous installons à la terrasse couverte du Bacalao d’où nous supervisons l’arrivée d’un bateau de la flotte du côtier express. 

Rentrons sur Perfect Day pour déguster un délicieux saumon sauvage acheté ce matin. Puis atelier karaoké sur le dance floor de Perfect Day.

Dimanche 7 août: la grande traversée

de Henningsvær à Bodø, 55 miles

Dernière traversée à bord de Perfect Day avant Bodø. Le temps est nuageux mais la navigation très agréable. Le vent favorable nous pousse vers Bodø. A travers les nuages, le soleil fait scintiller la mer.

8 heures de navigation sont prévues à la voile. Un vent grand largue nous pousse tranquillement à 7 noeuds, cap sud est. Au large nous distinguons les côtes du continent laissant derrière nous les magnifiques Lofoten. 

Nathalie et Hubert mettent en route le désalinisateur. Nathalie remplit le livre de bord: cap, vitesse, angle et vitesse du vent, latitude, longitude, barométrie et miles parcourus. La routine…

Afin de profiter pleinement du vent, le gênois laisse la place au gennaker. Hervé suit les consignes du capitaine et tous les deux hissent la voile. Perfect Day file à 8 noeuds tranquillement jusqu’à ce que Hubert perçoive un ralentissement. En levant les yeux il constate que le gennaker s’est déchiré sur toute sa hauteur alors qu’il n’y a pas eu de coup de vent. Avec un calme impressionnant, il donne les directives prenant en main la situation. Avec Hervé ils s’installent à l’avant du bateau pour affaler le gennaker puis ensemble nous le rangeons dans son sac.

Et un rayon de soleil apparaît, Lucky Power, la mascotte porte bonheur du bateau qui s’était arrêtée de bouger recommence à agiter son bras. La chance revient. Hubert fait la course avec un autre voilier qu’il gratte facilement.

Un Hurigraten Nordolys est à l’arrêt à l’entrée de Bodø et nous le croisons à tribord au large.

Entrée dans le port de Bodø, dernier appontage, dernier arrimage pour Hervé et moi. Pour nous consoler direction le roof top du Radisson Hôtel d’où nous apercevons Perfect Day. Le Moscow mule nous apporte un petit réconfort. 

Ensuite dîner au restaurant puis dernière nuit à bord. 

Lundi 8 août: le départ déjà

Ce séjour sur Perfect Day au pays des vikings restera un extraordinaire souvenir. Hervé et moi quittons la Norvège charmés par les navigations, enrichis par la beauté de tous ces paysages découverts par la mer.

Tusen takk Nathalie et Hubert! 

Bon vent et du soleil les amis!

4 réflexions sur “De Tromsø à Bodø

  1. Merci Véronique pour ce journal de bord de votre séjour sur Perfect Day ! Qui est cette femme géante et mystère qui se promène avec Hubert et Hervé le 6 août ?
    Bises à tous !

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    1. Merci Catherine pour ton message,
      Nous n’en avons aucune idee, sans doute une golgoth Sami…
      Bises et à très bientôt !

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  2. Magnifique reportage, merci beaucoup pour ces belles descriptions.
    Il semble faire un peu frais dans le coin …
    Quelle est la température ambiante sous ces latitudes ?

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    1. Il a fait cet été entre 10 et 23• mais généralement entre 12 et 16. La température n’a pas été le problème, c’est la grisaille 4 à 5 jours par semaine et les pluies très fréquentes qui ont été pesantes. Les Norvégiens disent que c’était l’été le plus pourri en 20 ans! Pas de bol. D’un autre coté, on n’a pas regretté d’échapper aux canicules en France.

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